Boulogne, le 12 novembre 2001

Note n°30

La situation sociale à la veille des grands projets


Epsy vous adresse régulièrement son analyse de l'évolution du climat social. Epsy est un cabinet d’audit social, spécialisé dans l’accompagnement du changement et dans la veille sociale. Nous sommes à votre disposition pour vous présenter plus en détail nos champs de compétence et nos outils de diagnostic.

Votre contact : Jean-Claude DUCATTE : 01.47.61.85.85 ducatte@epsy.com ou Philippe CELIS celis@epsy.com


Dans notre note numéro 29, rédigée avant les événements du 11 septembre, nous écrivions que "la rentrée sociale n'est pas placée sous les augures les plus favorables". Nous y évoquions notamment le ralentissement économique et ses conséquences sur l'emploi, le retour à l'inflation induit par le passage à l'Euro, le relatif désenchantement des salariés (et surtout des cadres) face à l'intensification de la charge de travail induite par la mise en place des 35 heures, le durcissement à venir au plan syndical, par la perspective des prochaines élections présidentielles…

Un ensemble facteurs qui vont tous dans le même sens, celui d'un durcissement du dialogue social dans les entreprises, mais sur la base de causes multiples.

A ce propos, il convient de souligner que si le nombre de conflits dans le secteur privé est toutefois en léger retrait par rapport à la période d'avant l'été, leur structure s'est légèrement modifiée : ils ont tendance à être beaucoup plus longs et la remise au travail des équipes, à leur issue est beaucoup plus délicate.

Mais, les évènements du 11 septembre[1] et leurs enchaînements risquent d'avoir également des conséquences sur la vie des entreprises. Ils jouent un rôle aussi bien de révélateur que d'accélérateur d'une dynamique sociale, heureusement moins dramatique, mais néanmoins forte qui est aujourd'hui la perte de l'horizon social.

La fin des grands projets mobilisateurs

En effet, ces trois dernières années ont été (et sont encore) marquées par des projets imposés, très structurants, qui se sont développés au détriment de projets propres aux entreprises.

Ces projets ont permis de définir des objectifs forts, des bannières derrière lesquelles rassembler les équipes. Or, à l'exception de quelques grandes entreprises encore en passe d'être cotées en bourse, les projets mobilisateurs deviennent rares.

Passer, ainsi, d'une sur-activité obligatoire à une activité de gestion "plus routinière" aura pour effet de créer un vide propice à de nouvelles revendications qualitatives, présentées comme la juste contre-partie des efforts fournis. Certains ne manqueront pas de dire que l'entreprise à de nouveau une dette vis-à-vis de ses collaborateurs.

Or les évènements du 11 septembre ouvrent un vaste champ d'incertitudes qui va se traduire par une prudence accrue des acteurs. Pour les dirigeants, la tendance sera forte de réduire les investissements, les recrutements et de fait les grands projets, et de favoriser un recentrage[2] sur les métiers de base. Pour les collaborateurs, le risque est celui d'un repli sur soi et d'une recherche de préservation des statut quo.

Cela aura pour conséquence une critique plus vive des nouveaux projets de changement émanant des directions, qui ne seraient pas justifiés. En d'autres termes, c'est toute l'organisation et la communication sur la logique de projet qu'il faut réexaminer au risque de voire s'y opposer telle ou telle catégorie de personnel. Or, la nouvelle situation va avoir pour effet de relancer les projets de réorganisation globale : fusions, scissions, fermetures d'activité, externalisation. Et la justification par la contrainte extérieure sera de moins en moins crédible.

Nouvelles attitudes : risques et opportunités

Les risques que nous venons d'identifier sont ceux d'un désengagement, d'un repli général des individus sur eux mêmes, avec de nouveaux risques de cloisonnements et/ou du développement de postures revendicatives latentes, face aux changements nécessaires.

Toutefois, cette situation est également porteuse d'opportunités qui permettront aux entreprises de retrouver de la cohérence, de la sérénité et de bénéficier d'une relative baisse de la tension.


[1] La pige qu'EPSY a réalisé sur les attentats les plus sérieux qu'est connue la France en septembre / octobre 1995 montrent qu'une fois le moment d'émotion passé, les problèmes du quotidien ont moins de quinze jours après repris le dessus. Il semble en être de même aujourd'hui où l'on constate que les mouvements sociaux n'ont connu qu'une courte trêve. La grogne dans les services publics reste vivace (Hôpitaux, l'ANPE, Ministère de l'Économie et des Finances, Policiers, etc.). Dans le secteur privé, des mouvements significatifs ont lieu dans les entreprises en restructuration ou soumises à des plans sociaux, comme Moulinex, Marks & Spenser, Alcatel…
Par ailleurs, l'échec des négociations dans le volet formation professionnelle de la Refondation Sociale va relancer les organisations syndicales au niveau national. L'échec sur le compte épargne formation est aussi une aubaine, dans le contexte de début de campagne électorale pour les prud'homales (décembre 2002) et FO, à Toulouse, a déjà lancé sa campagne. La CFDT réalise actuellement un important recensement sur le temps de travail des cadres, et elle réunira pour la première fois ses responsables régionaux pour la fin du mois. Les autres centrales ne devraient pas être en reste au cours des semaines à venir.
Pour toutes, en dehors de leurs bastions traditionnels, les cibles sont les femmes et les cadres. Des populations qui risquent d'être très réceptives au discours syndical compte-tenu de la situation et de l'évolution de l'emploi, même si cela ne se traduit pas par un engagement militant. Si, au niveau de la combativité sociale, les événements de septembre n'ont pas eu de conséquence, il n'en est pas de même en ce qui concerne la psychologie des salariés.
[2] A cet égard, on notera que le cahier central des Échos du mardi 6 novembre 2001 était consacré au cession d'activité. Il y a trois ans, le même cahier titrait sur les fusions acquisitions.