Boulogne, le 10 septembre 2001

Note n°29

Une rentrée sociale perturbée aux prolongements durables


Epsy vous adresse régulièrement son analyse de l'évolution du climat social. Epsy est un cabinet d’audit social, spécialisé dans l’accompagnement du changement et dans la veille sociale. Nous sommes à votre disposition pour vous présenter plus en détail nos champs de compétence et nos outils de diagnostic.

Votre contact : Jean-Claude DUCATTE : 01.47.61.85.85 ducatte@epsy.com ou Philippe CELIS celis@epsy.com


La rentrée sociale n'est pas placée sous les augures les plus favorables. L'augmentation du nombre de plans sociaux, les sombres perspectives du marché de l'emploi et le ralentissement économique gomment pour partie les effets des vacances. Toutes les premières analyses qu'EPSY réalise confirment que la morosité et l'inquiétude sont au rendez-vous de cette rentrée.

Ainsi, les motifs d'une rentrée tendue sont rassemblés.

Et, lorsque l'on ne se limite pas à une analyse prospective sur le trimestre, mais à plus long terme, tous les éléments de perturbation sociale sont réunis tant dans l'entreprise qu'au niveau national. Dans ces conditions, voir se développer des mouvements dans les branches professionnelles n'est pas à exclure, ainsi que des mouvements interprofessionnels (notamment dans le secteur public et nationalisé) avec leur incidence sur les entreprises.

Notre analyse sociale s'appuie sur la conjugaison, pendant les quinze mois à venir, d'enjeux économiques, socio-syndicaux et politiques, ouvrant, de fait, la porte à toutes les formes de surenchère et de démagogie.

Les facteurs de risque à court terme

L’état d'esprit des salariés et la situation économique réelle ont rarement dans l'histoire sociale récente été autant en décalage. En effet, les salariés jugent la situation actuelle au regard des derniers bilans qui, pour nombre d'entreprises ont été de bonne tenue, alors que les dirigeants, qui eux, se projettent dans le futur, anticipent des situations dégradées. Il y a donc un delta important entre les attentes des salariés et les orientations stratégiques des entreprises.

Cette perception des salariés est reprise par l'ensemble des leaders syndicaux. Ainsi, pour Bernard Thibault, par exemple, "la logique du profit s'exprime avec plus de violence"[1]. De fait, les syndicats emboîtent le pas aux attentes des salariés et l'amplifient en les mettant à la fois en garde contre le retour à l'inflation par les hausses de prix que le passage à l'Euro ne manquera pas de provoquer et en justifiant la fin de la modération salariale dans les entreprises qui avaient conclu des accords de ce type lors de leur passage aux 35 heures. Dans les entreprises où des conflits pour ce motif ont eu lieu, nous constatons que pour les salariés et les syndicats, il ne s'agissait que d'un "légitime rattrapage" et non d'une hausse des rémunérations. Ainsi, les 35 heures seront toujours à court terme une source de conflit !…

Toujours à propos des rémunérations, les embauches massives de jeunes dans les dernières années ont eu pour conséquence de fragiliser nombre de grilles salariales, provoquant par là même le mécontentement de certaines catégories de salariés : les plus récents lorsqu'ils ont été embauchés aux bas des fourchettes, les plus anciens lorsque le différentiel avec les derniers embauchés n'est plus significatif à leurs yeux.

Par ailleurs, les effets des 35 heures ne sont pas terminés en ce qui concerne les conditions et la charge de travail des cadres. Cette dégradation augmente les absences et les accidents du travail pour les ouvriers comme pour les cadres. Quant à la charge, elle est toujours majoritairement perçue comme excessive. Et le ralentissement économique ainsi que l'augmentation du nombre des plans sociaux justifient, pour cette catégorie, le recours à l'embauche de cadres au nom de la solidarité et de leur propre charge de travail. La position des cadres et de leurs syndicats dans les entreprises qui ont été sollicitées par le gouvernement pour le reclassement des personnels d'AOM-AIR LIBERTE est à cet égard éloquente, même s'il apparaît aujourd'hui marginal…

Ajoutons les secteurs et les entreprises qui seront obligés de se restructurer industriellement et socialement du fait du retournement de conjoncture et qui seront soumis par là même à de fortes tensions sociales comme France Télécom et Moulinex aujourd'hui.

Enfin, les syndicats sont aiguillonnés par les organisations non gouvernementales qui les éclipsent dans le débat sur la mondialisation. Fait significatif, et passé inaperçu, est le changement de statut de la plus emblématique des ONG : Amnesty International. En plus des droits civils et politiques, elle s'engage désormais sur "les droits économiques, culturels et sociaux". Aiguillonnés, mais aussi concurrencés sur un champ qu'ils ne souhaitent pas partager. En conséquence, il faut s’attendre à ce que certaines techniques de médiatisation utilisées par celles-ci deviennent monnaie courante vis-à-vis des entreprises, comme la mise en cause des produits[2], voire du passé des dirigeants ou les actions dans les médias…

A cette liste, il faut ajouter les événements spécifiques comme le passage à l'Euro où certains secteurs sont plus exposés que d'autres, comme les banques, les transports, etc… Ici encore les syndicats n'ont pas attendu la rentrée pour mettre en garde ces secteurs des conséquences d'une rigidité sociale trop grande…

Ces facteurs de risque sont importants à court terme et ne peuvent être dépassés que si l'entreprise dispose d'un encadrement avec lequel elle est en phase. Elle se doit de regagner rapidement vis à vis de cette population sa légitimité. Compte-tenu des enjeux, il nous apparaît que cela passe par de la présence effective, au sens d'être visible pour les dirigeants et par une réflexion sur la nature du lien unissant la direction à l'encadrement autre que le lien de subordination. Ici, il nous semble qu'une réflexion sur l'éthique de chaque entreprise en fonction de ses caractéristiques devrait être menée, devant déboucher sur une plus grande autonomie individuelle, assortie de devoirs et d’engagements moraux réciproques.

Les facteurs de plus long terme

C'est la succession d'élections que nous allons connaître sur la période. Législatives, puis présidentielles et enfin prud'homales (le 11 décembre 2002). Chacune de ces échéances sera, pour l'ensemble des acteurs sociaux, l'occasion de faire de la surenchère sociale et de radicaliser leurs positions, même s'il s'agit dans la perspective de la dernière, "d'élections sans enjeux puisque les salariés vont élire des juges et non des défenseurs[3]" ; certaines joueront leur légitimité à défaut de leur survie, critères de représentativité obligent.

Et cette surenchère aura pour objet de donner aux salariés des critères de différenciation et d'efficacité entre organisations.

Pour la CGT, il s'agit de maintenir sa position de leader à la fois en effectifs, mais également en influence sur le marché du syndicalisme contestataire. De fait, elle s'opposera à la CFDT et à FO, tout en prenant garde de ne pas faire le lit de SUD.

Pour FO, c'est sa représentativité dans le secteur privé et nationalisé qui est en jeu.

Quant à la CFDT, elle semble se polariser sur la protection sociale, mais son ambition est de réitérer sa place de premier dans le collège cadre au détriment de la CGC et plus généralement de la CFTC. Attitude qui conduira la première à développer un discours plus radical, comme nous le constatons depuis plusieurs mois et la seconde à se marginaliser sur des positions spécifiques. Pour ces deux organisations, ces élections auront un impact déterminant sur leur avenir.

Enfin, il en est de même pour SUD et "le groupe des dix"[4] qui jouent une reconnaissance institutionnelle.

Si les risques d’intersyndicales semblent faibles pour la période à venir, les directions du personnel vont être confrontées à des discours et des actions fortes. Mais, elles vont également pouvoir choisir leurs interlocuteurs privilégiés et retrouver de fait une position d’arbitre. Face aux désordres qui peuvent voir le jour ce sera aussi l’occasion d’identifier les meilleurs managers et de réfléchir à des organisations plus opérationnelles et de mieux communiquer sur leurs projets afin de les légitimer.

Les entreprises vont être confrontées à court comme à moyen terme à une hétérogénéité de revendications que les canaux habituels d’information interne ne seront pas à même de remonter et de décoder. Par ailleurs, toutes ces revendications ne vont pas émerger ni au même rythme ni avec la même intensité.

L’enjeux social pour les DRH est de pouvoir les anticiper, par la mise en place d’outils du type veille sociale, comité de veille, afin de pouvoir alerter les comités de direction sur les niveaux de risque et les traiter successivement.


[1] Les Echos – 4 septembre 2001
[2] Le boycott des produits DANONE est davantage une technique d'ONG que de syndicats
[3] Les Echos 17-18 août 2001
[4] "Le groupe des dix" est le regroupement de différents syndicats comme l’UNSA, la FSU, etc..

Si vous souhaitez savoir ce que vos collaborateurs connaissent réellement de votre politique commerciale et de leurs objectifs individuels, ainsi que ce qui leur est nécessaire pour accomplir dans de bonnes conditions leur mission, Epsy peut vous aider.