Boulogne, le 27 mars 2000

Note 17

Les DRH en question


Epsy vous adresse régulièrement son analyse de l'évolution de la mise en place des 35 heures dans les entreprises. Nous avons choisi de l'appréhender au travers de l'OTT et non de la RTT.

Votre contact : Jean-Claude DUCATTE : 01.47.61.85.85 ducatte@epsy.com ou Philippe CELIS celis@epsy.com


Repères : Evolution du nombre de conflits selon notre décompte dus aux 35 heures

Les conflits sociaux ayant pour objet les 35 heures n’ont cessé de se développer au cours du mois de février[1]. Cette augmentation a pour origine les conflits locaux qui se sont développés principalement à la Poste, au Ministère de l’Economie et des Finances et plus globalement dans la Fonction Publique. Dans ce secteur, l’origine de ces conflits est lié à la mise en place de la loi, alors que dans le secteur privé près de la moitié des conflits est du aux conditions de mise en place. A noter que les expérimentations réalisées dans certains services d’entreprise sont souvent sources de conflits dans la mesure où leur arrêt, quel qu’en soit la légitimité du motif, est souvent interprété comme une reculade par nombre de salariés et utilisées comme moyen de pression par les organisations syndicales.

Des DRH de plus en plus contestée…

Par ailleurs, l’action DRH commencent à être de plus en plus critiquées et voir même sources de conflits[2] dans la mesure où leur personnel est presque exclusivement mobilisé sur la mise en place des 35 heures. Et l’absence de renforts permanents ou ponctuels, les obligent à ne traiter que cette priorité au détriment du quotidien !…

Quatre sources de critiques, à leur encontre, se font jour actuellement :

  1. De la part de certaines directions, c’est la lenteur de la mise en place de l’OTT qui est source de critiques,
  2. De la part des salariés, ce sont les expérimentations qui sont vécues comme autant d’ordres et de contre-ordres perturbant par un perte de repère , manifestation de « son incapacité à gérer le projet » ;
  3. Pour le management, c’est que, la DRH qui s’occupe « habituellement » de tout, leur en délègue (parfois même perçu comme un abandon) la mise en place dans leur unité et leur en laisse la responsabilité,
  4. Quant aux syndicats, les critiques sont toujours persistantes. La prochaine portera, sans nul doute, sur les futurs fiches de paie. C’est « pain béni » pour eux, car il y aura obligatoirement des erreurs tant le système est complexe.

Cette « relative » mise en cause de leur action se traduit par un esprit plus critique à l’égard de leur direction. Ainsi, selon une étude qui vient d’être menée par l’ODIS[3],« 40% des DRH jugent sévèrement leur employeur en ce qui concerne leur attitude dans le dialogue social » conduit dans le cadre des négociations sur les 35 heures. Pour les DRH, le risque de conflit est important dans les entreprises et pour beaucoup, cette donnée ne semble pas être prise en compte dans les choix stratégiques effectués actuellement.

Par ailleurs, les DRH regrettent que le besoin d’expression des salariés, qui a beaucoup augmenté à tous les échelons du fait des niveaux de formation requis et de l’évolution des échanges dans l’entreprises ( effet de la transversalité) ne soient pas pris en compte. Implicitement, ils ne font que constater le décalage qui existe entre les salariés les plus jeunes (et leur besoin d’expression et de participation) et les directions (plus âgées).

Ainsi, beaucoup estiment, toujours selon cette étude, que l’organisation idéale est matricielle (43%), mais ils ne sont que 19% à déclarer travailler dans des entreprises qui ont opté pour ce type d’organisation. Inversement, ils sont 48% à travailler dans des entreprises où l’organisation est pyramidale. 21% seulement sont satisfaits de ce modèle ! A noter que plus l’entreprise est importante et plus la présence d’organisation pyramidale est présente. Dans les entreprises anglo-saxonnes de même taille, l’organisation pyramidale est beaucoup moins présente et elle est totalement absente des entreprises de « la nouvelle économie ».

Une situation qui ne peut perdurer

Ce « coup de blues » des DRH, évoqué par l’ODIS doit être évacué rapidement. Il faut prendre conscience de leur situation. Leur durée de travail et celle de leur équipe augmente alors que celle de leurs collègues diminuent. Leur fatigue psychologique est visible. En effet, la durée moyenne de négociation dans les entreprises est de 8 mois, auxquels il faut ajouter les phases d’expérimentation, puis de généralisation à l’ensemble de l’entreprise. C’est encore un dossier nouveau, sensible, sans référence que le personnel des DRH se doit de traiter de manière prioritaire. Une urgence qui s’étale sur une période allant d’un à deux ans !

Cette population dans nombre d’entreprises a un besoin pressant de réconfort et de valorisation.

Par ailleurs, elles sont confrontées d’une part à la recherche de mise en place de solutions participatives que l’encadrement ne sait globalement pas conduire et des impératifs de production qui viennent souvent contrecarrer le processus créant par là même un sentiment de frustration chez nombre de participants…


[1] Epsy a comptabilisé le nombre de conflits sociaux liés aux 35 heures au mois le mois, faisant l’objet d’articles dans la presse syndicale nationale de 6 organisations syndicales, à savoir les cinq représentatives plus l’Unsa.
[2] Deux cas ont été relevés par les organisations syndicales.
[3] ODIS : Observatoire du Dialogue Social qui vient de publier une étude réalisée auprès d’un échantillon de 400 DRH. Les résultats complets seront présentés lors du congrès mondial des RH le 29 mai 2000.