
Boulogne, le 20 février 2000
Note N°16
Quel contenu pour la responsabilisation ?
Epsy vous adresse régulièrement son analyse de l'évolution de la mise en place des 35 heures dans les entreprises. Nous avons choisi de l'appréhender au travers de l'OTT et non de la RTT.
Votre contact : Jean-Claude DUCATTE : 01.47.61.85.85 ducatte@epsy.com
La responsabilisation, notamment de l’encadrement, est au centre des réflexions et des interrogations de nombreux dirigeants d’entreprise. Le mot est à la mode, mais il n’est pas une réalité perçue par les salariés. En effet, l’examen attentif des organisations montre qu’il s’agit davantage de discours, de concepts que de faits dans la mesure où l’on constate que l’écrasement des hiérarchies a conduit l’encadrement à n’être plus qu’un rouage dans la retransmission des ordres émanant d’instances supérieures et à perdre la plus grande partie de leur fonction de commandement[1]. Or, l’absence d’un réel contenu défini est générateur d’une insatisfaction proportionnelle à l’espoir suscité par le mot. Dans le cadre de la problématique des 35 heures, cette incompréhension et cette inadaptation deviennent problématiques et seront sources de dysfonctionnements et de conflits à venir.
Ne pas confondre objectifs et moyens
Les principales cause d’échec proviennent d’une mauvaise définition des objectifs attendus dans les démarches de responsabilisation. L’objectif est-il social, organisationnel, ou lié à une augmentation de la productivité ? La seconde série de causes d’échec est liée à la confusion qui s’opère entre responsabilité, délégation et autonomie. Dans beaucoup de projets, nous constatons qu’il existe une confusion entre ces trois termes qui sont à la fois des objectifs et des moyens.
Dans nombre de projets d’organisation, l’attention se porte sur les niveaux de délégation et d’autonomie, définissant en résultante, une sphère de responsabilité. Dans cette configuration, les échecs sont plus nombreux que les succès. Les deux exemples suivants l’illustrent :
Faire de la responsabilisation l’objectif
Dans les expériences réussies, les concepts sont inversés. C’est à dire que l’objectif final est la responsabilisation et les moyens sont la délégation et l’autonomie.
Dans cette démarche, nous entendons que la responsabilisation relève de l’atteinte d’objectifs quantitatifs et d’objectifs qualitatifs qui vont traduire la capacité à représenter l’entreprise dans sa politique et ses valeurs, la délégation représentant l’aspect formel de la répartition des pouvoirs dans l’organisation et l’autonomie, c’est à dire la façon dont cette délégation s’exprime, pour le cadre, sur le terrain.
Cette technique présente un avantage, trop peu utilisé, à savoir le fait de pouvoir ou non négocier les objectifs, et de ne s’intéresser qu’aux moyens pour y parvenir. C’est à dire travailler sur le contenu de la délégation et de l’autonomie dans un cadre prédéfini. En d’autres termes c’est passer de « je souhaite plus de responsabilité » à « quels sont les moyens dont vous avez besoin pour atteindre les objectifs sur lesquels nous nous sommes mis d’accord ?»
Bien qu’indirects, les avantages de la démarche sont très concrets dans la mesure où ils nécessitent de la part des cadres concernés :
Mais, la réussite de ce type de configuration nécessite à la fois de vérifier si l’encadrement actuel possède le niveau de compétence nécessaire pour assurer ces missions et de revoir la fonction et la mission des services fonctionnels. Pour ne prendre que l’exemple des directions des Ressources Humaines, leur pouvoir n’émane plus de leur capacité de gestion, mais de leur capacité à coordonner des demandes dans un nouveau cadre prédéfini à leur niveau. En ce sens, elles deviennent des services régulateurs de conseil interne. Ce qui a pour conséquence de donner une nouvelle acuité au concept de planification, notamment de la politique RH.
[1] En ce sens, le rôle des cadres s’apparente de plus en plus celui d’un agent de maîtrise.