Boulogne, le 23 novembre 1999

Note N°14

Des préoccupations qui s’inversent


Epsy vous adresse régulièrement son analyse de l'évolution de la mise en place des 35 heures dans les entreprises. Nous avons choisi de l'appréhender au travers de l'OTT et non de la RTT.

Votre contact : Jean-Claude DUCATTE : 01.47.61.85.85 ducatte@epsy.com


Epsy a suspendu pendant plusieurs semaines la publication de cette note d’analyse pour deux raisons : Premièrement, le Parlement ne s’était pas encore prononcé sur le contenu de la seconde loi Aubry. Secondement, certaines évolutions étaient en gestation, mais n’avaient pas encore pris corps et elles étaient difficilement mesurables. Aujourd’hui les grandes lignes sont connues et les attitudes sont désormais structurées.

Une adhésion aux 35 heures en nette régression …

Tous les trimestres depuis février 1999, Epsy interroge un échantillon représentatif de salariés, afin de savoir s’ils s’attendent à des conséquences positives ou négatives dans leur travail suite à la mise en place des 35 heures dans leur entreprise. Jusqu’à l’été, les conséquences positives étaient nettement majoritaires. Mais depuis septembre, la tendance est à l’inversion. Ce retournement de l’opinion est à affecter à toutes les catégories socioprofessionnelles et principalement à celle des employés.

«Dans votre entreprise, les 35 heures vont-elles avoir des conséquences …»

Plusieurs causes sont à l’origine de ce retournement d’opinion :

Il faut bien comprendre que la perception des 35 heures ne s’exerce plus dans le même contexte. Conçue et développée dans une période où le chômage ne cessait de croître, elle n’a plus la même acuité depuis qu’il est inférieur aux 12% de la population active et que l’ensemble des médias rendent compte d’une embellie durable de la situation économique. D’exigence sociale, la RTT devient de plus en plus une demande individuelle, même si elle est toujours présentée collectivement.

Par ailleurs, les premiers bilans des expérimentations commencent à être dressés. Et là, le constat est simple pour une majorité de salariés : les diminutions de temps de travail sont peu sensibles au quotidien, même si le nombre de jours travaillés diminue. La densification du travail à laquelle nous faisions référence dans nos notes précédentes commence à être ressentie. Elle est bien souvent amplifiée par la reconfiguration des systèmes d’information qui ont lieu massivement actuellement et qui nécessite une formation importante en plus de la charge quotidienne. Ne voit-on pas apparaître un nombre important d’articles de presse, notamment dans la presse syndicale sur la dégradation des conditions de travail ? Il est certain que les revendications syndicales «pour un décompte des limites horaires» ne font que renforcer ce sentiment de perte. Sur cet aspect, ce sont les femmes qui y sont les plus sensibles dans la mesure où cette densification a une influence directe sur leur propre vie familiale.

Le peu d’efficacité de la loi en matière d’emploi se manifeste également pour nombre de salariés par la faiblesse des créations d’emplois visibles à leur niveau et par la non-diminution du nombre des intérimaires, notamment dans l’industrie, alors que c’était une orientation gouvernementale et une aspiration syndicale. En la matière le conflit actuel qui se déroule à la Fnac Logistique est révélateur de l’importance accordée dans les industries de main d’œuvre à ce phénomène.

Enfin, l’effet de la loi sur les rémunérations dues aux heures supplémentaires commence à être ressenti. Dans ces conditions, on comprendra pourquoi ce sont les augmentations de rémunérations qui redeviennent la revendication majeure des salariés.54% des salariés ont les augmentations de salaires comme principale attente ! Pour les non cadres, cela pourra se traduire par des conflits sociaux. Pour les cadres, par une baisse encore plus grande de la fidélité à l’entreprise. Le retour de la fluidité du marché de l’emploi renforce ce phénomène. Ainsi, lorsque l’opportunité se manifeste, les plus opérationnels partent renouant ainsi avec des comportements issus de la fin des années 80. Un constat validé par l’APEC. Nous constatons que ce phénomène se développe dans les entreprises qui n’ont pas mis en place de politiques de différenciation entre cadres et non cadres.

Paradoxalement cette désaffection pour l’entreprise n’a pas pour corollaire un regain de confiance dans les organisations syndicales. 42% des salariés contre 47% en 1998 font confiance aux syndicats et les baisses les plus importantes concernent la CGT et la CFDT.

Dans ces conditions, on ne s’étonnera pas de constater qu’un salarié sur deux (1) et ce, quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle, s’attend à une dégradation du climat social dans son entreprise pour l’année prochaine. Opinion qu’il faut replacer dans un contexte où 46% des salariés souhaitent que des règles plus contraignantes soient appliquées aux employeurs et où 44% estiment qu’il est nécessaire «de laisser des marges de manœuvre et de la souplesse pour mettre en place les 35 heures !»

L’échéance majeure pour les entreprises sera la période où les comptes 99 seront présentés, car il ne fait aucun doute que les salariés seront attentifs au niveau de profit des entreprises, ne voulant pas être les perdants de la reprise. (En conséquence l’indicateur à suivre : le recours aux experts comptables par les comités d’entreprises).


(1) Epsy pour Entreprise & Carrières