
Boulogne, le 19 juillet 1999
Note n°12
Seconde loi Aubry et reconfiguration de lencadrement
Epsy vous adresse régulièrement son analyse de l'évolution de la mise en place des 35 heures dans les entreprises. Nous avons choisi de l'appréhender au travers de l'OTT et non de la RTT.
Votre contact : Jean-Claude DUCATTE : 01.47.61.85.85 ducatte@epsy.com
De lintérêt à lincompréhension
Depuis plusieurs mois, Epsy constate de la part des salariés un intérêt en "Yo-Yo" en ce qui concerne la mise en place des 35 heures : Aux phases dexaltation se succèdent des phases de doute(1). Il est vrai que pour la majorité de ceux-ci, la mesure politique destinée à lutter efficacement contre le chômage sest progressivement transformée en lespoir de création de quelques emplois dans leur entreprise. Un phénomène similaire sest produit en ce qui concerne la réduction du temps de travail. Du temps pour tous, on est passé à lhypothétique temps pour soi.
En dehors de quelques conflits quil faut bien qualifier de marginaux, lexplosion sociale redoutée na pas eu lieu car lactivité des entreprises a permis de compenser cette désillusion par des compensations salariales. Selon la CFDT(2), 77% des cadres ont vu une progression de leur pouvoir dachat (32% ont eu plus de 4%, 45% entre 4 et 0% et 23% ont subi une perte).
Enfin, le second projet de loi Aubry, qui a rendu caduc les accords de branche déjà signés(3), est venu perturber la vision déjà peu claire des salariés, en labsence de bilan gouvernemental crédible.
Cette confusion est illustrée par lanalyse de la CGT qui estime "quun projet na de valeur que par celle que le qualificatif de "projet" lui donne. Par définition, il est amendable et modifiable"(4). "Cest comme si tout était à refaire", estime un syndicaliste dentreprise. Et, cest dans cet état desprit que samorceront la rentrée parlementaire et la rentrée sociale.
Intérêts syndicaux et intérêts des salariés
Dès septembre deux orientations syndicales vont saffronter tant au plan national que dans les entreprises. La première incarnée par la CGT, va positionner le débat sur les rémunérations et la seconde, celle de la CFDT qui va toujours privilégier lemploi. La stratégie de la CGT va consister à préconiser une "taxation" à hauteur de 25% des heures supplémentaires dès la 36ème et à défendre lidée dune hausse de 11,4% du SMIC. Bien que maximalistes, ces positions peuvent rencontrer un certain écho auprès des populations non cadres. Quant à la position de la CFDT, celle-ci pourra-t-elle être la même dans un nouvel environnement, sachant que la décision confédérale de reporter lapplication des 35 heures dun an a été assez mal accueillie par une partie de sa base.
Il ne fait aucun doute que nombre de salariés vont vite sapercevoir que les objectifs syndicaux se situent loin des leurs.
Quoi quil en soit, lenjeu majeur pour les directions ne se situe pas à ce niveau, mais à celui de lencadrement, lenjeu étant : Comment profiter de la seconde loi Aubry pour (re)conquérir lencadrement ?
Les causes du malaise de lencadrement
Il est de bon ton daffirmer que lon constate un intérêt accru des cadres pour leurs préoccupations personnelles et un désintérêt pour lentreprise. Si ce constat est vrai, bien peu sinterrogent sur les causes réelles de cette évolution, car le discours dominant a tendance à la présenter comme inéluctable.
Il convient tout dabord de se souvenir que lencadrement est une construction artificielle qui avait pour objectif la lutte anticommuniste, doù lémergence dun corps social qui engloble environ 3 millions de personnes et quil convient de sinterroger de sa vocation dans la nouvelle configuration politique issue de la chute du Mur de Berlin. Pour conforter cette analyse, il faut se souvenir que les premiers plans sociaux de cadres nont vu le jour que dans les années 1992/1993, une fois seulement la menace dissipée.
Aujourdhui, la notion dencadrement est remise en cause par quatre principaux facteurs :
Ces quatre éléments ont conduit les cadres à douter de leurs spécificités dans lentreprise et de leur place dans un système où lintérêt des actionnaires (le profit) prenait progressivement le pas sur celui des salariés.
Seconde loi Aubry et opportunités
La reconquête de lencadrement passe à notre sens par une révision du statut cadre, et la seconde loi Aubry en fournit le prétexte.
Cette révision se doit de différencier lensemble du corps de celui des agents de maîtrise, employés et ouvriers et permettre de créer des niveaux de responsabilité distincts.
Dans cette perspective trois axes de réflexion doivent être explorés :
- Le calcul du temps de travail en jours peut en être lélément fondateur, tout comme celui des jours de congés supplémentaires quel quen soit le nombre,
- Le recours au compte épargne temps et à la bonification de celui-ci (afin de lindividualiser),
- Une réelle gestion des carrières par la mise en place de parcours professionnels.
Ceux-ci sont innombrables mais ils ont échappé depuis longtemps à une grande partie de lencadrement. Citons quelques-uns uns de ceux auxquels ils sont les plus sensibles :
- Redéfinition des niveaux de décision et de délégation,
- Poids déterminant dans le choix de leurs collaborateurs,
- Attribution denveloppes budgétaires décentralisées,
- Affirmation du pouvoir de notation
En la matière, il conviendrait de segmenter lencadrement en trois filières de responsabilité.
- Une filière dexpertise (responsabilité sur les méthodes),
- Une filière gestion de production, ou projet (responsabilité sur le produit ou sur le service),
- Une filière management (responsabilité sur les hommes).
La question qui se pose est de savoir si ces trois filières correspondent toujours à des postes de cadres dès lexercice des responsabilités. Si la réponse est négative, cela aura pour conséquence de donner un nouveau sens aux filières dingénieur et de maîtrise.
PROSPECTIVE :
Le second semestre de lannée sannonce calme dans la mesure où non seulement les salariés sont dans une situation dattente vis-à-vis des parlementaires pour ce qui concerne les 35 heures, mais encore engagés dans les projets déterminants (budget, An 2000, Euro, nouvelles technologies) qui laissent peu de temps disponible. Mais ce calme risque dêtre relatif au premier trimestre 2000 dans la mesure où nombre dentre-deux demanderont leur dû en compensation de leur investissement actuel.
(1) Toutes les entreprises qui ont conduit des expérimentations en matière de
mise en place des 35 heures ont constaté au travers du comportement quotidien de leurs
collaborateurs la succession de ces phases. Et il en a été de même en ce qui concerne
les syndicats.
(2) Etude réalisée par lUCC-CFDT auprès de 1 800 cadres.
(3) Et peut-être même les accords dentreprises, selon la note du 6
juillet du MEDEF.
(4) Options n°372 07/99.