
Boulogne, le 4 mai 1999
Note n°11
Démobilisation et remobilisation de lencadrement
Epsy vous adresse régulièrement son analyse de l'évolution de la mise en place des 35 heures dans les entreprises. Nous avons choisi de l'appréhender au travers de l'OTT et non de la RTT.
Votre contact : Jean-Claude DUCATTE : 01.47.61.85.85 ducatte@epsy.com
Les cadres de plus en plus en décalage avec lentreprise.
Les sondages dopinion auprès des cadres sur les 35 heures préfigurent de nouveaux comportements qui, sils samplifient, placeront cette population de plus en plus en porte-à-faux vis-à-vis de lentreprise et en opposition avec leur hiérarchie. En effet, les récentes études publiées font ressortir un désintérêt croissant des cadres pour lentreprise, qui sexprime par une appétence grandissante en matière de temps libre.
Ainsi, selon lEssentiel du Management, ils seraient près de 54% à souhaiter travailler moins quaujourdhui, 58% à "rêver" des 35 heures, et 64% à accepter même de pointer. Rappelons à ce sujet que dans les années 70 cette même catégorie revendiquait le droit inverse, afin de mieux souligner sa différence avec les employés. Même constat dans les résultats de létude dont nous avons publié les enseignements dans notre note n°10, reprise par lExpress et dans laquelle 58% des cadres salariés sattendraient à une amélioration de leurs conditions de travail !
En ce qui concerne les conséquences sur leur entreprise, seul 49% dentre eux estiment que le passage aux 35 heures aura des conséquences négatives sur sa performance. Des opinions en parfaite contradiction avec les prévisions faites, tant par les experts-comptables que par les employeurs ou les branches professionnelles.
La question de fond qui se pose est de savoir pourquoi les cadres et lencadrement dans son ensemble se désinvestissent de manière si massive de lentreprise quils considéraient comme le lieu de la manifestation de leur réussite sociale, il y a encore cinq ans ?
Les causes majeures du désinvestissement des cadres.
Certaines sont liées à des facteurs exogènes à lentreprise et dautres peuvent lui être directement imputables comme la logique productiviste. Dans le contexte de la réduction du temps de travail, lentreprise, à notre avis, ne peut plus faire léconomie dune réflexion de fond qui devra la conduire à une nouvelle approche de lencadrement et de la notion de cadre.
Les cadres, dans lentreprise perdent progressivement leur pouvoir et les attributs symboliques de celui-ci : la sécurité de lemploi, lencadrement, lautonomie et la rémunération.
Les plans sociaux qui longtemps furent limités aux populations dexécution leur ont été étendus de manière indifférenciée dans les années 90, même si les conditions de départ leur étaient plus favorables.
La compression des effectifs sest accompagnée dune réduction du nombre des niveaux hiérarchiques qui a eu pour effet "de tirer vers le bas" cette population. Elle sest trouvée ainsi contrainte deffectuer des tâches antérieurement dévolues à du personnel dexécution. Frappe des rapports par diminution du nombre des secrétaires ou remplacement temporaire sur des postes dexécution lors de labsence du titulaire.
Lévolution de lorganisation du travail a également eu pour effet de réduire, voire de limiter le pouvoir hiérarchique. De détenteur dune certaine autorité, cette évolution les a conduit à ne devenir que les transmetteurs de consignes. Cette tendance qui est exacerbée dans les services marchands conduit imperceptiblement à leur taylorisation, alors que parallèlement le discours sur lautonomie et la responsabilisation y est développé. Antinomie qui ne peut que conduire à la démobilisation et qui augure mal de leur implication dans la mise en place des 35 heures.
La différenciation par le salaire a été progressivement érodée, à tel point que le syndicat traditionnel de lencadrement, en perte de vitesse, la CFE-CGC a proposé dinstaurer un SMIC cadres rejoignant ainsi les propositions du parti communiste et de signer une déclaration commune avec la lUCC-CFDT, lUGCT-CGT, lUCI-FO, lUGICA-CFTC !
A lextérieur de lentreprise, cette population a été frappée par les politiques fiscales successives qui lui sont défavorables contribuant ainsi à la démobiliser par la perte de sens de la rétribution de son travail. Enfin, les valeurs de la société ont évolué se distanciant de celles des cadres :
Par une diminution de lattrait de la fonction aux yeux même de leurs enfants qui, selon toutes les études réalisées, souhaitent devenir majoritairement fonctionnaires (manifestation de lérosion de lesprit dentreprise et de lengagement personnel),
Par une évolution des mentalités qui tend à bannir les signes extérieurs de "richesses", même les plus faibles, qui permettaient aux cadres de se différencier.
Réhabiliter lencadrement
Dans ce contexte, le statut cadre actuel ne rime plus avec réussite sociale et développement personnel. Compte-tenu de sa place essentielle de cette catégorie, il apparaît indispensable de proposer à lencadrement un nouveau "pacte social" redéfinissant les notions dautonomie, de responsabilité, de délégation et de sphère dautonomie comme le fait de recruter ses collaborateurs. Mais sa mise en place suppose de la part des entreprises une volonté de décentralisation des décisions et de lautorité. Et en la matière il est possible de se poser la question de savoir qui y est le plus farouchement opposé : les directions, les cadres ou lencadrement supérieur ? Quoi quil en soit, la réussite de la reconfiguration du rôle de lencadrement ne peut passer que par une évolution simultanée des échelons supérieurs, sous peine de perdre les éléments les plus dynamique de lencadrement davantage tentés par des expériences autres du fait de lamélioration de lemploi cadre.
i N°51 mai 1999 / ii 15/04/99