Boulogne, le 29 mars 1999

Note n°10

Le dispositif qui sera adopté nécessitera un accompagnement fort et ciblé


Epsy vous adresse régulièrement son analyse de l'évolution de la mise en place des 35 heures dans les entreprises. Nous avons choisi de l'appréhender au travers de l'OTT et non de la RTT.

Votre contact : Jean-Claude DUCATTE : 01.47.61.85.85  ducatte@epsy.com


La mise en place des 35 heures va générer des pertes de repère et soulever des incertitudes accompagnées de craintes.

C'est pourquoi, il apparaît crucial d'accompagner les salariés dans cette mutation pour éviter les situations de blocage. Cet accompagnement doit avoir pour objectif l'explication, la clarification et la simplification des nouveaux dispositifs, visant ainsi son appropriation par les personnes concernées. Cette préparation aura alors pour intérêt de limiter les peurs liées à l'incertitude, facteurs de blocage.

Après la vague euphorique qu'a pu susciter la mise en place de la Loi, succède aujourd'hui une phase de doute, quant aux réels bénéfices que les salariés vont pouvoir en tirer.

Un récent sondage mené par Epsy, en collaboration avec les Mutuelles Mieux-Etre pour le compte de la revue Gestion Sociale auprès de 1000 salariés en février, permet de soutenir cette analyse.

La perception des bénéfices à venir de la mise en place de la RTT par les salariés est contrastée.

Une faible majorité (57%) s'accorde à penser que les 35 heures vont avoir des conséquences positives pour eux, en apportant une réelle amélioration des conditions de travail. A l'opposé, 40% ont le sentiment que les 35 heures vont avoir des conséquences négatives (3% étant sans opinion).

La raison générale de cette réserve tient sans doute, selon eux, à l'attitude des Directions d'entreprise, pour lesquelles la RTT est un moyen de repenser leur organisation pour l'adapter à la logique client. Les embauches, lorsqu'elles ont lieu, ne sont pas réparties uniformément dans l'entreprise. Les nouvelles ressources étant affectées dans des services stratégiques.

La RTT, comme a pu le constater l'ANACT Haute Normandie signifie fréquemment une plus forte densification du travail. L'allongement de durée de fonctionnement de l'entreprise et l'accroissement de la flexibilité peuvent conduire à une désynchronisation biologique et sociale. Ainsi, paradoxalement, la RTT peut être un facteur de dégradation des conditions de travail, et dans cette enquête, une partie non négligeable des salariés en a pris conscience. Or les conditions de travail - au sens de non détérioration - apparaissent comme le meilleur moyen de mobiliser le personnel. De plus, elles permettront d'orienter vers tel dispositif ou vers tel autre.

Ces résultats varient sensiblement suivant les types de population, ce qui tend à démontrer qu'une communication ciblée doit être adoptée pour répondre aux interrogations de chacun.

Ainsi, les aspects négatifs des 35 heures sont légèrement moins ressentis par les femmes (38% - le nombre important de femmes travaillant à temps partiel n'y est certainement pas étranger -) que par les hommes (42%), par les jeunes de moins de 30 ans (33%) que par les plus de 40 ans (46%), dans les services non marchands (30%) que dans les secteurs de l'industrie et du BTP (45%) et du Commerce et Distribution (55%).

Suivant son appartenance syndicale, la perception des apports de la RTT va fortement fluctuer.

Des conséquences positives sont identifiées par 78% des salariés proches de la CFDT. Si ce résultat n'est pas surprenant, compte tenu des positions affichées au niveau national, il l'est davantage des scores de FO, dont les partisans sont 61% à considérer les apports de la loi comme bénéfiques à leur niveau, alors même que la position nationale de ce syndicat a longtemps été de critiquer la loi, estimant que celle-ci ouvrait la porte à la dénonciation des conventions collectives.

Un résultat également intéressant concerne le score des sympathisants de la CGC. Alors que ce syndicat intervient dans l'immense majorité des accords, seule une minorité de ses sympathisants (36%) considère que la RTT sera positive pour eux. Ce résultat traduit l'inquiétude de l'encadrement quant aux bénéfices potentiels qu'il pourra retirer de la mise en place des 35 heures. Ce syndicat risque de se trouver en porte à faux entre ses prises de positions nationales et sa base. Les cadres sont la cible prioritaire à informer pour éviter qu'elle se considère comme la grande perdante de l'OTT.

Enfin, 46% des sympathisants CGT jugent que la RTT aura un apport positif à leur niveau. Cet enthousiasme tout à fait modéré souligne la méfiance d'une partie des salariés à l'égard des propositions qui pourront être faites et qui nécessiteront également un niveau important d'explication.