
Boulogne, le 22 février 1999
Note n°9
Vers une divergence dintérêts
Epsy vous adresse régulièrement son analyse de l'évolution de la mise ne place des 35 heures dans les entreprises. Nous avons choisi de l'appréhender au travers de l'OTT et non de la RTT.
Votre contact : Jean-Claude DUCATTE : 01.47.61.85.85 ducatte@epsy.com
La difficile adéquation entre principes politiques et principe de réalité :
Les syndicats ont un rôle déterminant dans la négociation et la mise en place des trente cinq heures, mais ce rôle sexerce à des niveaux variés dont les intérêts peuvent être contradictoires.
Tout dabord au plan national, les orientations politiques priment sur les contenus des accords locaux, moins sur ceux des branches. Au niveau des organisations de branches et dentreprises, leurs positions doivent concilier les desiderata du niveau supérieur et les exigences des salariés, qui vivront à terme les conséquences de leurs décisions et qui leur assureront leur représentativité tant interne quexterne.
Deux indicateurs sont, selon Epsy, à suivre dans les prochains mois avec une attention toute particulière :
1. Lémergence de SUD dans les entreprises suite à un échec de négociation,
2. Lévolution du score de la CGT aux élections professionnelles, surtout lorsquelle ne signe pas.
De fait, se pose la question de savoir si les organisations syndicales sont crédibles lorsquelles adoptent des positions maximalistes que ce soit dans un sens d'opposition systématique ou de souplesse. De même, les négociateurs patronaux servent-ils réellement la cause de lentreprise lorsquils concoctent des mécanismes dont la complexité limite la compréhension aux seuls experts ? Dans un cas comme dans lautre, ces attitudes ne font que renforcer un sentiment de crainte à légard de la RTT et de perte, compte tenu de l'incompréhension des mécanismes des accords.
Un exemple : les difficultés de signature de laccord PSA . Cet accord est révélateur de la situation évoquée plus haut. Les causes sont à rechercher dans un déficit dexplication et de pédagogie qui ont conduit au rejet de certaines positions patronales, alors quelles avaient été validées par les syndicats précédemment et ce la sous la pression des salariés.
PSA : Un précédent en matière de négociation
Pour nombre dentreprises, lun des objets de la négociation est dobtenir en échange de la réduction du temps de travail, lannualisation de celui-ci. Dans laccord PSA, pour lobtenir, la direction a été obligée (pour compenser le sentiment daliénation du personnel à légard de ce rythme de travail) de revenir sur les pauses, mais surtout a été contraint de mettre en place des contreparties très significatives, pouvant être considérées comme antinomique avec ses objectifs premiers. Notons, lattribution dune prime, de jours de repos supplémentaires et de jours de congés supplémentaires à la discrétion des salariés non postés.
Du bon usage de la discrétion et du juste terme
Par ailleurs, au delà du retard pris dans cette négociation, il convient de souligner que lexcessive médiatisation de la négociation a certainement contribué à faire intervenir dans le débat des acteurs dont la légitimité et la compétence sur le sujet sont loin dêtre évidentes. Mais surtout la thématique de la flexibilité mise en avant dans toute ces négociations et présentée comme un gain patronal a été désastreuse, compte tenu de la connotation négative du terme. Laspect sémantique peut sembler marginal, mais il nous apparaît comme essentiel au regard des événements.
Rappelons que la flexibilité est perçue, par nombre de salariés comme un avantage univoque au seul profit de lentreprise et déstructurant dans le temps. D'ailleurs, ne voit-on pas apparaître lamalgame entre flexibilité et travail saisonnier (où la saison serait-elle aussi à la discrétion de lemployeur?).
Pour notre part, il convient de substituer à ce mot dans les négociations celui de planification qui a lavantage de sous entendre des univers structurés où les variations et les amplitudes sont préalablement définies, voire négociées. A linverse du précédent, ce terme est compris par les salariés au sens d'anticipation, dunivers ordonné dans lequel chacun peut retrouver ses propres marques et structurer ses univers tant professionnels que personnels.
Dans nos prochaines notes, nous vous adresserons en priorité les résultats dun baromètre réalisé tous les deux mois auprès dun échantillon de salariés, par Epsy en partenariat avec une publication sociale réputée, destiné à mesurer les gains et craintes liés à la mise en place des 35 heures.
Les résultats intégraux et spécifiques par secteur dactivité de cette étude seront disponibles sur simple demande auprès de Valérie au 01.47.61.85.85.