Boulogne, le 23 novembre 1998

Note n°5

Les conséquences indirectes des négociations sur les 35 heures


Epsy vous adresse régulièrement son analyse de l’évolution de la mise en place des 35 heures dans les entreprises. Nous avons choisi de l’appréhender au travers de l’OTT et non de la RTT.

Votre contact : Jean-Claude Ducatte – 01.47.61.85.85 ducatte@epsy.com


Les silences de la RTT

Les grands sujets absents des négociations actuelles sur la réduction du temps de travail sont, à ce jour, ses conséquences sur le travail et son organisation.

Cela est plus particulièrement vrai en ce qui concerne le "traitement" de l’encadrement. Certes, 80 % des quelques 400 accords signés s’appliquent à eux, dans une logique d’annualisation de leur activité, par la récupération sous forme de jours de repos et de comptes épargne temps. Mais, rien n’est dit sur les conséquences de l’évolution de leur rôle, de leur activité, mais également de leur pouvoir et des conditions d’exercice de leur autorité.

Le sujet semble tabou, aussi bien pour les organisations patronales que pour les syndicats.

Cette situation pourra-t-elle perdurer alors que les négociations s'engagent réellement dans le secteur des services (33 % des accords à ce jour), que les banques et les assurances et plus généralement les grandes entreprises de plus de 500 salariés (7 % seulement des accords signés) vont être directement concernées ? Ces entreprises vont-elles s’engager dans des accords excluant certaines catégories de personnels comme par exemple les services commerciaux au risque d’avoir une structure à deux vitesses ?

Ce silence est d’autant moins compréhensible que les salariés dans leur ensemble s’attendent à connaître de profondes évolutions dans leur manière de travailler. Pour s’en convaincre, il suffit de lire attentivement les chiffres suivants, issus de l’Indicateur du Management®, étude de prospective sociale conduite par Epsy.

RTT et rentabilité :

Pour les salariés, quelles seront les conséquences sur l’organisation, des accords sur le temps de travail ? La question n'est pas sans intérêt puisque 37% des salariés, interrogés par EPSY estiment que "la diminution du temps de travail aura des répercussions sur la rentabilité de leur entreprise". Ces répercussions sont perçues de manière très variables selon les secteurs économiques :

Elles seront jugées importantes dans le commerce et la distribution (45%), et faibles dans les services non marchands (23%). Rien d’étonnant. Le premier secteur se caractérise par la faiblesse des marges, sa forte consommation de temps et sa forte proportion de salariés peu qualifiés. Les services non marchands, et le secteur public en général offrent, quant à ceux, des réservoirs de productivité méconnus.

RTT et conséquences sur l’organisation

Au-delà de la rentabilité, 49% des salariés estiment que la réduction du temps de travail aura des répercussions sur leur façon de travailler. (cf. : note n°1). Ce pourcentage atteint les 57% pour les services non marchands. Ce résultat s’explique notamment par le fait que 49% jugent que la RTT sera l'occasion pour les entreprises de modifier l'organisation du travail. Par secteur d'activité, EPSY enregistre en la matière des résultats très différents. Ce sont les salariés de l'industrie et des services marchands, avec 57% qui envisagent les changements les plus importants. Et ce sont principalement les personnels de siège, ou de back office, les employés, qui les anticipent le plus (54 %).

Par ailleurs, 48 % estiment que les conséquences d’une baisse de la durée du travail concerneront principalement l’encadrement. Ces conséquences nous les connaissons, il s’agit de tout ce qui concerne à la fois les éléments de pouvoir statutaires (autorité, délégation, autonomie, etc…) et la maîtrise des outils et systèmes de communication. Or, comment envisager sereinement une modification du travail des cadres quand l’Indicateur du Management révèle à la fois que pour 54% des salariés "le rôle de l’encadrement est de répartir les tâches et d’en contrôler la bonne exécution" et pour 73% que "son rôle principale est de régler des problèmes techniques" !

La diminution du temps de travail est ainsi en passe de profondément bouleverser les caractéristiques identitaires des cadres. L’adhésion de cette catégorie aux évolutions en cours suppose une plus grande écoute de leurs craintes, de leurs aspirations et nécessitera, sans aucun doute, la mise en place de dispositifs sophistiqués d’accompagnement (ex : formation au coaching, à l’organisation, à la gestion du temps).