
Boulogne, le 2 novembre 1998
Note n°3
Les conséquences de la réduction de la durée du travail, selon la CFDT
Epsy vous adresse régulièrement son analyse de lévolution de la mise en place des 35 heures dans les entreprises. Nous avons choisi de lappréhender au travers de lOTT et non de la RTT.
Votre contact : Jean-Claude Ducatte 01.47.61.85.85 ducatte@epsy.com
Méthodologie : étude réalisée par la CFDT auprès de 6 000 salariés de 135 entreprises signataires de laccord de Robien réduisant la durée du travail à 35, voire 32 heures. L'échantillon était composé de 2/3 d'entreprises ayant signé des accords offensifs et 1/3, des accords défensifs. |
Principales conséquences de la loi de Robien pour les salariés :
45%, (seulement pourrait-on dire), assurent que "ça sert à créer des emplois,
24% estiment qu'ils "s'y retrouvent personnellement",
67% affirment que "la RTT permet de faire davantage de choses" (à l'extérieur),
1% déclarent travailler en parallèle à leur activité principale.
La RTT, cest dabord avoir du temps libre avec, comme contre partie, une baisse minimale de pouvoir dachat. Cest, ensuite, et seulement ensuite, des créations demplois. 20% au maximum des salariés interrogés par la CFDT donnent cette raison en majeur.
Conséquences sur la vie au travail :
2.1 Au niveau des horaires :
25% sont mécontents, car ils ne maîtrisent plus leurs horaires de travail,
Deux sur dix ont des difficultés à s'adapter aux nouveaux horaires.
2.2 Au niveau de la charge de travail :
29% des salariés interrogés estiment moins travailler,
49% estiment quils travaillent "moins longtemps, mais quils en font autant quauparavant",
20% déclarent devoir "rester après leurs horaires de travail pour achever leur tâche".
2.3 Au niveau des heures supplémentaires :
5% des salariés interrogés font "des heures supplémentaires, alors quauparavant, ils nen faisaient pas",
45%, "quils nen faisaient pas et quils nen font toujours pas",
34%, "quils en font autant",
16%, "quils nen font presque plus".
Seule une minorité de salariés sont mécontents et/ou éprouvent des difficultés à sadapter à leurs nouveaux horaires. Au regard de ces résultats, il est possible daffirmer que la réduction du temps de travail na pas changé grand chose dans les habitudes des salariés.
Perception par les salariés des stratégies des entreprises suite à l'accord :
Deux tiers des entreprises ayant signé des accords ont annoncé une modification de l'organisation du travail, censée s'appliquer à 97% des salariés, dont les cadres. Mais cette nouvelle organisation concerne davantage l'organisation de la présence que celle du travail et du process à proprement parlé. Dans ces conditions, personne ne s'étonnera que les salariés concernés estiment éprouver des difficultés dans la transmission des dossiers et des consignes.
Il est intéressant de souligner que les résultats de cette étude ne font pas apparaître de différence entre le comportement des cadres et celui des non cadres. De fait, cette étude confirme notre propre observation : la réorganisation à partir du client ou des process n'est le fait que d'une minorité d'entreprises.
Par ailleurs, notons qu'au niveau des pratiques, il n'est fait nullement mention pour les cadres, d'accompagnement du changement au plan managérial. Ainsi, délégation, responsabilisation, autonomie, contrôle, sont les grands absents de cette étude. Or, le développement de ces aptitudes ne se fait que progressivement et nécessite la mise en place dun accompagnement important et continu sur une période longue.
En conclusion, pour la CFDT, la loi de Robien na créé que très peu demplois. Par ailleurs, elle na pas été loccasion, pour une majorité dentreprises, de réfléchir et de mettre en place une nouvelle organisation du travail. Quant à une organisation orientée sur le client, nen parlons pas.
Ces enseignements plaident pour une autre approche de la loi Aubry, sous peine dimmobilisme.