
Boulogne, le 19 octobre 1998
Note n°1
La perception de lOTT
Epsy vous adressera régulièrement son analyse de lévolution de la mise en place des 35 heures dans les entreprises. Nous avons choisi de lappréhender au travers de lOTT et non de la RTT.
Votre contact : Jean-Claude Ducatte 01.47.61.85.85 ducatte@epsy.com
Vers une diminution du temps de travail sans perte de salaire
Si lon en croit les dernières études, les employeurs dans leur ensemble envisagent, en létat actuel de la situation économique, de ne pas répercuter sur les salaires la diminution du temps de travail. En dautres termes, les 35 heures seront payées 39. Cette tendance commence à être connue de lensemble des salariés.
Pour étayer cette affirmation, nous nous basons sur trois sources.
La première provient de lInstitut français des experts comptables. Cet organisme, en préambule, estime que huit entrepreneurs sur dix se placeront dans une attitude défensive pour aborder cette négociation. Neuf sur dix estimeraient également quil serait préférable de commencer par des négociations de branches plutôt que par des négociations dentreprise. Par ailleurs 85% estiment quelles se traduiront par un maintien du salaire, et 87% de ceux-ci souhaitent pouvoir obtenir un blocage des rémunérations sur une période trois ans. Toujours selon cette étude, des traitements différenciés semblent apparaître pour les cadres et les non cadres. Les premiers feraient lobjet dune annualisation et dune modulation du temps de travail. Les seconds obtiendraient principalement une augmentation du nombre de jours de congés.
La seconde source provient dorganisations professionnelles comme celles du Commerce et de la Distribution (hors grande distribution). Cette source est intéressante dans la mesure où les organisations quelle regroupe sont très souvent en retrait des autres structures patronales. Celles-ci ont, en effet, décidé de négocier des compensations en matière douverture (amplitude, nombre de jours et réintégration de certains jours fériés dans les congés) contre un maintien intégral des salaires sur une période identique. Mais, il sagit davantage dun souhait que dune certitude.
On comprend ainsi mieux pourquoi dans le pré rapport dorientation de la CGT, Bernard Thibault propose une "attitude positive" dans ces futures négociations et demande à ses syndicats de se "battre" principalement sur la nature des compensations à accorder , "notamment en matière dorganisation du travail" (Cf. : dépêches APF du 15/09/98).
De lenthousiasme à la crainte.
Il faut sattendre dans les prochains mois à un blocage des salariés sur la notion même de changement si celle-ci nest pas expliquée. Le changement doit saccompagner dune pédagogie du changement.
En effet, selon les résultats dune étude menée par Epsy, dans le cadre de son indicateur du Management, il ressort que près dun salarié sur deux (49,3 %) juge que la réduction du temps de travail aura des répercussions sur son activité personnelle. Ce score est à confronter à une autre réponse : pour 48,7 %, les entreprises profiteront de la baisse du temps de travail pour modifier leur organisation.- soit un résultat très voisin du précédent- .
La réduction du temps de travail sur lactivité est davantage perçue par les hommes (52 %) que par les femmes (46 %), celles-ci étant déjà plus affectées par le travail précaire et par lusage du temps partiel, pour tenir compte de leurs impératifs familiaux.
Les employés sont également plus sensibilisés (54 %), par comparaison aux ouvriers (47 %). Cest effectivement auprès de cette catégorie que les évolutions dorganisation devraient être les plus conséquentes, suite au passage au 35 heures. Corrélativement, cest dans le secteur des services marchands (57 %) que les répercussions de la réduction du temps de travail seront perçues comme les plus importantes, cest à dire la banque et lassurance.
Quand aux cadres, ils se sentent également très concernés (47 %).
La crainte est donc forte. Où trouver les leviers de mobilisation ?
Des éléments de réponse peuvent être localisés dans une autre question de lindicateur du Management. Elle concerne lorientation de lentreprise vers les clients. En effet, si une forte majorité (86 %) juge que les intérêts des clients sont pris en compte comme il se doit, ils ne sont que 22 % à croire quils sont pleinement intégrés. Cette restriction signale bien quen dehors de la fierté légitime - du travail bien fait, les salariés ont bien conscience de la nécessaire évolution de loffre produit/services et que leur organisation doit sadapter rapidement à lévolution des besoins des clients. De façon incidente, la structure des réponse à cette question souligne enfin limportance de la pédagogie et de la communication dentreprise.
Valoriser la satisfaction des clients, sans fixer des objectifs dexcellence, cest potentiellement accroître la résistance aux changements.